"Mes 24H00 de l’Hourdin 2016" par Remy Coubel

C’est au cœur de l’été que je me suis mis dans l’idée de retenter les 24h00 de l’Hourdin.

Au début par équipes, je me suis ensuite résolu à le refaire en solo. Après la grosse performance de l’an dernier qui s’était soldé par un record de France porté à 267341m, je pensais le faire tranquillement cette fois-ci afin de préparer les prochaines échéances.

C’était sans compter sur Pierrick Moscatello mon valeureux partenaire en 2015 qui m’indiqua en Août vouloir s’attaquer au record du monde de sa catégorie qui se situe autour des 278 kms.

Cela signifiait également qu’il entendait faire battre en brèche ma suprématie nationale dans cette épreuve.

Mon âme de compétiteur ne pouvait pas le laisser faire aussi facilement.

Après un été passé à améliorer ma puissance, j’ai repris mi-aout l’entrainement spécifique pour du long basé sur des séries d’entrainement de 1h00 à 2h30 chaque jour ou presque.

En comparant avec mes données de l’an passé, j’ai sereinement abordé l’évènement car mes scores étaient légèrement meilleurs cette saison.

Le jour J, j’ai vite repris mes marques dans cette agréable petite salle des fêtes de Plédeliac.

Content de retrouver Pierrick, et heureux d’apprendre que Vincent Hourdin sera aussi de la fête en solo, à nos côtés, le tandem des Rennaises Florence et Nelly ainsi que deux teams, la première avec l’association Cloé et celle du club des avirons d’Armor. Chacun prend plus ou moins de temps pour préparer son matériel mais les FIRTiens ne sont pas les plus rapides dans cette discipline (et surtout moi qui déménage ma maison à chaque épreuve).

Vendredi 30 Septembre, 19h00 : le départ va être donné, le palpitant s’emballe un peu, il va falloir y aller, plus moyen de faire demi-tour.

J’ai fixé mon objectif pour cette épreuve à 280 Kms, je pense que c’est possible pour moi en évitant les erreurs que j’ai pu commettre l’an passé. Pour cela, Il me faudra le plus longtemps possible ramer sous les 2’20/500m et limiter les pauses au maximum.

Je pars comme à mes habitudes assez vite, en tout cas hors de portée des autres concurrents qui prennent rapidement plusieurs centaines de mètres de retard.

1h00 : Presque 15kms parcourus avec une moyenne de 2’01, je me demande si je ne suis pas parti un peu vite !

3h00 : le premier marathon passé, je fais une première pause de quelques minutes.

4h00 : 55 kms parcourus et 5kms d’avance sur le tandem femme suivi du reste des troupes

6h00 : 80 kms, Pierrick a stoppé son effort après 5h00 de course terrassé par son corps, il a préféré intelligemment en rester là plutôt que de risquer sa santé. Ça m’a fait un choc tellement je sais ce qu’il m’a apporté dans le dernier tiers de la course l’an dernier. J’accuse le coup mais je réussi à rester concentré alors que je me retrouve de fait isolé des autres concurrents.

Les 100 kms seront passé en 7h29.35 soit moins de 2’15 de moyenne pauses comprise (j’avoue avoir un peu appuyé mon effort et réduit drastiquement la pause précédente pour passer sous les 7h30)

10h00 : 130 Kms, tout va bien. Je respecte mon plan de course.

12h00 : 150 Kms, on entame la descente, dans n’importe quel type de course on sentirait la fin se rapprocher mais pas ici, l’expérience fait que je sais que l’épreuve ne fait que commencer.

14h00 : 174 kms, je commence à avoir du mal à tenir les 2’20. De rapides simulations me permettent de voir qu’en gérant la fin de course, je peux assurer les 280 kms voulue au départ.

17h00 : 207 kms, je me mets à trop réfléchir en  pensant à ce qu’il me reste à parcourir pour atteindre mon objectif et l’idée d’abandonner me traverse même l’esprit. (Pourquoi est-ce que j’ai demandé l’heure qu’il est ?)

18h00 : J’essaie d’oublier ce que je suis en train de faire et de prendre chaque heure une à une, pour cela les spectateurs qui commencent à venir en nombre tout comme les nombreux bénévoles qui ont pour certains passés la nuit avec nous m’encouragent. Chaque petit mot, chaque regard avec les autres rameurs me reboost pour continuer. Il me suffit de tenir 2’30/500m pour battre mon record et atteindre mon objectif.

19h00 : les douleurs au dos, aux avant-bras et aux cuisses se font de plus en plus intenables mais je le savais avant même de commencer la course que cela arriverai. Je me rassure en me disant que cela a commencé plus tard que l’an dernier.

20h00 : Jean Pierre Gorin m’a rejoint et sa compagnie m’aide à penser à autre chose qu’à cette souffrance de chaque coup de rame.

21h00 : Sylvie Le Tallec et son mari m’accompagnent également maintenant, bientôt suivi d’Alain Mangin, ils discutent de choses et d’autre autour de moi et ça m’aide à passer cette partie de course qui avait été horrible l’an passé avec une grosse fringale.

Chaque pause que je fais est un vrai supplice, je mets une bonne minute rien qu’à réussir à me lever de l’ergo. J’ai les bras durs comme de la pierre et les jambes qui flagellent mais il faut y retourner. Encore trois heures, plus que trois heures ………

22h00 : 260,5 kms, mon record est tout proche, il me faudra  40 minutes pour faire ces 7 kms !!! Je ne peux pas me reposer plus de une ou deux minutes, sinon je n’atteindrai pas mon objectif.

23h00 : 271 kms, …..

23h49 : 280 kms, l’objectif que je me suis fixé est atteint. Les dix dernières minutes ne seront pas neutres, je veux pousser ce record le plus loin possible. Me le reprendre sera un vrai défi, un objectif très difficile à atteindre. J’enlève ces protections de siège qui ont si bien fait effet jusque-là (je n’aurai peut-être pas due !).

Je veux faire ces derniers mètres au maximum, le chrono descend et lorsque j’entre dans la dernière minute, je lâche les chevaux, je ne fais plus attention à la douleur et essai de rester souple, je sais que cela ne sert à rien mais ça fait un bien fou de pousser, je descends le compteur à 1’24/500 dans ces dernières secondes. J’entends le public qui réagit, nous sommes en train d’en finir avec ces 24h00 d’effort, quelle folie !!!

Le soulagement, pas une satisfaction mais un soulagement. Le sentiment du devoir accompli. Jamais je n’avais poussé mon corps dans de tels retranchements. J’apprendrai même quelques jours plus tard que je me suis déplacé au moins une côte pendant la course, c’était ça ma douleur au dos !

Chacun d’entre nous a fait son maximum. Vincent qui bat son record de France 20-29 Lwt, les filles qui ont souffert sans rien laissé paraitre pendant les dernières heures et qui ont mis là une première très grosse marque chez les féminines en 40-49 Lwt.

Cette aventure est bien sûr individuelle mais impossible à réaliser seul.

Un énorme merci aux bénévoles des Avirons d’Armor qui ont géré magnifiquement l’organisation de cet évènement. Aux amis de la FIRT venus nous encourager, ça fait tellement de bien dans ces moments délicats et au public qui  ne comprends pas bien ce que font ces fous furieux sur leurs machines.

 « Ne dis pas que c’est impossible, tente le. » ou comme dirait Raphael « Just Row it »

 

1 Rémy Coubel                       282157 m        2:33.1

2 Avirons d'Armor                 275690 m        2:36.7

3 Les Rennaises                    272416 m        2:38.6

4 Vincent Hourdin                  247200 m        2:54.8

5 Association CLOE               208769 m        3:26.9

6 Pierrick Moscatello

 

Page des records de France sur 24h00 rameur

 Publié le Lundi 10 Octobre 2016