1 Million de mètres par Vincent Hourdin

Retour sur 1 Million de mètres en aviron Indoor du 19 au 26 septembre 2015 par Vincent HOURDIN (Avirons d'Armor - 22)

Pourquoi un tel défi ?

En février 2014 je fais mes premières 24h en solo. Une première expérience de l'ultra assez enrichissante. Dès lors, l'idée de faire 1000km me trotte dans la tête. Puis en décembre 2014 rebelote, 24h en solo. Et cela me conforte dans l'idée que j'ai de l'ultra en aviron indoor.

Quelle préparation ?

Comme je l'ai dis ça faisait déjà plus de 2 ans que je m’entraînais pour ce type d’effort. La réelle préparation pour les 1000km a commencé trois mois avant à raison d'un entraînement par jour en semaine et deux par jour le week-end. Les entraînements se sont fait principalement sur rameur ergomètre. Je décide de monter l'ergo sur slides car c'est un peu moins traumatisant pour les articulations.

En semaine les séances sont assez courtes (environ 1h). Le week-end c'est plutôt des séances de 2h voir plus si le temps le permet.

En terme de vitesse, je me suis imposé de rester aux alentours de 2:20 au 500m (voir le guide d'allure). Vraiment pas évident au début, puis en fin de préparation, les quelques entraînements qu'ils restaient se sont fait à 2:30 pour s'habituer à ramer à l'économie et ne pas se trouver le jour J à ne pas pouvoir ralentir et se fatiguer inutilement. Comme pour les 24h, j'ai ralenti le rythme sur les 2 dernières semaines pour prévenir la lassitude de l'ergomètre. Dans cette optique, les entraînements des 2 dernières semaines se sont fait à vélo.

Le challenge 24h00 de mon club "Les avirons d'Armor" ont lieu les 25 et 26 septembre, je décide donc de prendre le départ une semaine avant, c'est à dire le 19 septembre à 20h.

 

Coté organisation

La logistique pour ce type de performance est extrêmement importante. En ce qui concerne le lieu, je me suis installé à la Station Sport Nature de Jugon-les-Lacs, que je remercie au passage. Pour éviter la perte de temps, je suis resté là-bas tout le temps. J’ai emmené un matelas et me couchais sur place. Je me suis déplacé au dernier moment pour rejoindre les équipes des 24h à la salle des fêtes de Plédéliac. J'ai eu en permanence avec moi mes deux amis Kévin et Aymeric. C'est grâce à eux que j'ai pu réussir ce défi. Je les en remercie grandement. Ils m'ont permis de perdre le moins de temps possible sur tout ce qui concerne la logistique et les phases de récupérations. (Repas, massage, entretien...)

J'ai également pris contact avec Etienne Deleau, détenteur du record sur 1000km pour qu'il m'explique sa manière pour faire le décompte des km parcourus. Merci à lui.

 

Gestion de la course

Prévisionnel

Le départ est prévu le samedi 19 septembre à 20h. Le plan de course initial était simple. Je voulais faire des cycles de 4h (3 fois 50min à ramer et 10 min de pause puis  30 min à ramer et 30 min de pause). Les 30 min de pause étant pour prendre une véritable pause repas. L'idée : Ramer de 5h du matin jusqu'à 1h du matin. J'avais aussi prévu de ne pas dormir la première nuit ni la dernière nuit ce qui a été tenu. Vitesse de croisière envisagée : au alentour des 3:00/500m

Bien entendu le plan initial a été modifié en cours de route.

J1

Le départ a été donné à 20h09. Les premiers cycles s'enchaînent, la motivation est là. Comme prévu je ne dors pas la première nuit. 12H : Première modification, je m'accorde 30 min de pause supplémentaire à la suite du repas pour me reposer. 16H30 : pause de 30min le temps de prendre une collation. 20H : les premières 24h sont passées, déjà 188km de parcourus. Repas du soir, puis encore 30 min de pause supplémentaire.

20H30 : Nouvelle journée qui commence, je prends conscience que les soirs seront une étape difficile (très difficile). Dur de maintenir la vitesse. Encore une modification du programme. Je rame jusqu'à 23h30, mais impossible de continuer, je suis trop fatigué. Je vais me coucher en ne sachant pas trop comment je me lèverais le lendemain. Du coup, difficile de s'endormir, beaucoup de questions trottent dans la tête.

Sans le savoir, ce qui a été fait sur cette première journée sera répété durant toute la semaine.

J2

Le réveil sonne à 4h45. Je me lève sans trop de problème. 5h, je monte sur l'ergo. Une première séquence de 50min ou je me laisse de temps de m'échauffer. Mais très vite je repars sur les bases de la veille. Le moral revient. Les séquences s’enchaînent comme la veille. Le dos commence à me tirer, Kévin commence les massages qui me vont me soulager et me faire un grand bien. J'en aurai deux par jour, une fois le midi et une autre fois le soir avant le coucher.

17H J'en profite pour faire ce qui deviendra un rituel, aller mettre les jambes dans l'eau froide de l'étang pour m'aider à la récupération et me rafraîchir.

La journée se finit avec 151km au compteur de plus. Le sommeil vient plus rapidement que la veille.

Le soir, avant ma nuit, un nouveau rituel se met en place pour le retour au calme. 23H30 : retour au calme dans l'ordre ; Douche, massage, étirements et chocolat au lait chaud et dodo ! 

J3

Le troisième jour sera le plus difficile. Une douleur apparaît au genou gauche. Kevin me pose un strap qui sera très efficace pour soulager la douleur. 17H : Bain de jambes dans l'eau fraîche. La vitesse moyenne diminue encore, je suis passé au dessus des 2:40. Pour se 3e jour 146km seront parcourus.

A partir de ce jour mes collègues de travail de Dynalec viennent en début de soirée ramer avec moi.

23H30 : retour au calme.

J4

Ce 4e jour sera comme une renaissance. Les 500km sont passés, plus que le retour maintenant. Étonnamment, j'arrive à pousser plus fort. Je m'étonne moi-même.147km pour ce 4e jour. La différence est très faible. Mais au niveau mental, ça joue beaucoup. La fatigue commence à bien se faire sentir. Lors de mes pauses j'arrive à m'endormir en un claquement de doigt.17H : Bain de jambes dans l'eau fraîche.

Le soir Jean-Louis qui était de passage dans la région (avec un détour de 100km quand même) est venu m'accompagner pour la soirée. Il m'a été d'une grande aide. La soirée qui me paraissait interminable les jours précédents est passée très vite grâce à lui. 23H30 : retour au calme.

J5

Dernier jour complet avant de rejoindre les 24h à Plédéliac. J'arrive à pousser encore plus fort. Le genou ne me fait plus mal du tout en revanche le strap usé me blesse peu à peu, par conséquent je décide de l'enlever. 17H : Bain de jambes dans l'eau fraîche. Cette soirée sera la plus dure depuis le début de la semaine. Fabrice m'accompagnera pour toute la soirée. Je décide de m'épargner un peu en prévision de la journée du lendemain (je souhaite faire 24 d'une traite). Je supprime la dernière séquence de 30 min. Presque 152km aujourd'hui. 23H30 : Retour au calme.

J6

Dernier réveil. La journée sera très longue.

Je repars sur les mêmes bases que d'habitude. 15H30 arrive. L'heure de se déplacer jusqu'à Plédéliac (le lieu des 24h). Ça fait du bien de bouger après presque une semaine au même endroit. Le transport s'est très bien fait pendant ma pause ce qui ne m'a pas fait perdre de temps. 40min plus tard je remonte sur l'ergo.

20h arrive : la fin de la 6e journée. 145km pour ce 6e jour. Un peu moins que les autres jours à cause de la séquence de 30 min supprimée la veille et du transport.

J7

C'est la fin. Plus que 70km, c'est rien. Je continue sur le même rythme ne sachant pas trop jusqu'à quand je vais tenir. L'ambiance dans la salle me permet de continuer. 0H30, je prends ce qui sera la dernière pause de 30min. 1H :  je repars. Étonnement la vitesse se maintient aux alentours des 2:30, 2:35.

Je me permets même de faire une séquence de 50min à plus de 10km. Je ne l'avais fait que 3 fois le premier jour. Il est environ 4h du matin, je lance la dernière séquence. Plus que 6213m à parcourir. Je me lance, c'est parti. Sur cette dernière, je ne me rends même pas compte que je ne me suis pas arrêté pour boire.

Il reste 2min, je me permets d’accélérer un peu, je repasse sous les 2:20. Les 30 dernières secondes je lâche les chevaux. J'arrive peinement à passer sous les 2:00. 4H39 :  le compteur affiche 0m. Ça y est. Je l'ai fait. On l'a fait. 1000Km parcourus. Je n'exulte pas. Je ne réalise pas sur le coup. Et 5 jours après, je ne réalise toujours pas d'ailleurs.Tout ceux qui étaient couchés se sont levés pour mon arrivée. Merci à eux. Maintenant il est temps de savoir combien de temps j'ai mis. Verdict : 6 jours, 8h et 30 min (nouveau record du monde). C'est à dire plus de 14h de mieux que le précédent record du monde d'Etienne Deleau.

 

Principales difficultés

Il a fallu gérer plusieurs aspects.

Tout d'abord le moral. Les 2e et 3e jours ont été très difficiles. Beaucoup de doutes. Est ce que je vais arriver au bout ? Pourquoi je me suis lancé là-dedans ?

Le soir était un moment critique, la fatigue venant, les doutes viennent avec.

Mais le moral revient grâce aux visites. On ne le fait pas pour soi, on le fait pour les autres, pour ne pas décevoir.

Ensuite le physique. Le premier point difficile a été les genoux, mais grâce à un strap approprié, cela s'est plutôt bien passé. L'autre soucis a été la contraction du dos. Les mains de fée de Kévin ont permis de dénouer tout ça. Sinon dernier point difficile : les fesses. Cela s'est plutôt bien passé, à part les dernières heures. Mon fessier n'en voulait plus.

L'aspect nutritif qui me faisait très peur au début s'est passé sans accroc. J'ai réussi à m'alimenter sans aucun soucis. J'avais faim quand il le fallait, pas de douleur à ma grande surprise.

 

Bilan

Je n'ai toujours pas réalisé ce que je viens de faire. Je crois que je ne réaliserais jamais.

En tout cas, je suis fier d'avoir pu fédérer le club autour d'un projet. Beaucoup de personnes m'ont encouragé durant cette semaine. Que ce soit physiquement ou via les réseau sociaux. Ils ont été très importants, et m'ont permis de passer les moments difficiles.

Ce fut une semaine très éprouvante physiquement et surtout mentalement. Il fallait être constamment l’œil sur la montre. Perdre le moins de temps possible. Mais au final, on y arrive. On se découvre un potentiel dont on ignorait l’existence.

 

« Quand on veut, on peut »

 

Seul à ramer mais un défi collectif

J'étais seul sur l'ergo. Mais pas seul pour le faire. Si j'avais été seul je n'aurais certainement pas réussi.

Tout d'abord je remercie mes deux amis Aymeric et Kévin en particulier pour la logistique générale, les repas, les réseaux sociaux et Kévin pour les massages.

Je remercie également mes parents pour leur soutien sans faille et pour la préparations des repas.

Je remercie mon entreprise Dynalec qui s'est associée à mon projet. Merci aussi à mes collègues qui sont venus ramer avec moi le soir (le moment le plus difficile).

Je remercie également mon club, les Avirons d'Armor, qui m'a soutenu dans ce projet jusqu'à mon arrivée à 4H39.

Je remercie tous ceux qui m'ont soutenu de prêt ou de loin.

Merci à tous.

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

 

 Lire aussi le témoignage d'Etienne Deleau (premier français à avoir réalisé 1000 km)

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 Publié le Mardi 06 Octobre 2015